Dégradation de l’environnement et COVID-19

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Après l’étude du rôle de la pollution de l’air dans la diffusion du COVID-19, nous proposons un autre éclairage liant la détérioration de l’environnement et la crise sanitaire, et qui est à l’origine de la pandémie actuelle : l’expansion de l’activité humaine dans les forêts sauvages. C’est un sujet bien connu dans le domaine de l’écologie des infections transmises par les animaux ou zoonoses, et qui est redevenu d’une actualité brûlante avec la crise sanitaire actuelle.

Le COVID-19 comme zoonose

Il est maintenant de notoriété publique que le COVID-19 s’est déclarée en Chine, plus précisément à Wuhan où on trouve un fameux marché d’animaux sauvages qui seraient, parait-il des mets délicats et très prisés par les autochtones. Tout le monde s’entend sur le fait que le virus nous vient de la chauve-souris qui serait un réservoir naturel de virus. C’est le cas aussi d’autres animaux qui transmettent à l’homme des virus ou des bactéries responsables de maladies infectieuses qu’on appelle les zoonoses (pour plus de détails, voir cette fiche Wikipédia) . Une zoonose est une maladie infectieuse transmise de l’animal à l’homme, directement ou indirectement. Pour cela un hôte intermédiaire est la plupart du temps nécessaire. Dans le cas du coronavirus, le pangolin qui fait l’objet d’un trafic international, serait l’hôte intermédiaire avec l’homme. Tout comme les oiseaux dans le cas de la grippe aviaire ou les grands singes dans le cas des épidémies d’Ebola.

Evolution des zoonoses

Depuis le début du siècle, les zoonoses sont devenues un phénomène de plus en plus visible à l’échelle mondiale. Grippe aviaire, VIH SIDA, SRAS, Ebola, Chikungunya, Dengue et maintenant COVID-19 ont dominé la chronique médicale et l’agenda des organismes mondiaux de santé comme l’OMS ces dernières décennies. Des études récentes estiment que près de 60 % des maladies infectieuses émergentes sont des zoonoses.
Serait-ce donc la faute des animaux ? Comme nous le montrons ci-dessous, une analyse plus approfondie signale directement l’action de l’homme, à travers notamment son expansion dans les zones forestières.

Aménagement du territoire et zoonoses

En effet, si les zoonoses deviennent de plus en plus courantes, c’est simplement du fait de l’activité humaine ! La déforestation, l’urbanisation massive ou l’agriculture intensive ont détruit sans vergogne les habitats de très nombreuses espèces animales. L’homme fait son intrusion dans le milieu animal, perturbe son écosystème et il ouvre ainsi la voie aux zoonoses qui sont vouées à se multiplier. Ce faisant, non seulement il détruit la biodiversité, mais il engendre lui-même ces maladies mortifères. Ainsi, comme le constate l’épidémiologiste Enis Baris dans cet article sur le COVID-19 il n’y a guère de doutes que ce sont les changements environnementaux d’origine anthropique, qui sont responsables de l’augmentation massive des zoonoses depuis quelques décennies.

Déforestation de l’Amazonie

meilleur exemple. Nous avons tous en mémoire la série d’incendies qui a ravagé les forêts amazoniennes l’été dernier, qui a eu une grande couverture journalistique en France. Il est établi que ces incendies, ainsi que tous ceux qui les ont précédés dans les années antérieures, obéissent à une logique économique de déforestation, pour installer une activité humaine. A l’époque, les commentateurs ont mis en exergue  l’impact  de la destructionLe cas de la déforestation de l’Amazonie en faveur de l’agriculture et de l’élevage est le  d’un des « poumons » de la planète sur le changement climatique. Nous savons maintenant qu’il y a un autre effet pernicieux : l’augmentation des zoonoses dont l’effet est encore plus immédiat. Ainsi des chercheurs de l’université de Stanford ont déjà montré que les incendies de l’été dernier ont augmenté sensiblement les cas de malaria dans la région.

Une urgence à légiférer

Ce qui se passe en Asie participe aussi de la même logique, qui ne saurait être uniquement culturelle. Si cette tendance se poursuit, d’autres zoonoses surgiront à l’avenir. Il est heureux que le gouvernement chinois ait pris, par exemple, acte des dangers mortels qui en découlent en légiférant dans ce domaine récemment. En effet, la Chine a décidé le 24 février dernier d’interdire immédiatement le commerce et la consommation d’animaux sauvages (voir l’article suivant).

Naïma Chenah