Pr Raoult, dans son bureau de l'IHU Méditerranée Infection
Pr Didier Raoult Crédit Photo La Provence

La crise sanitaire liée au Covid-19 en a créé deux autres : une crise politique, et une autre scientifique. Cette dernière porte sur le traitement ou non avec l’hydroxychloroquine. Dans le sillage de ces crises, le Pr Didier Raoult a claqué la porte du Comité Scientifique mis en place par le Président de la République. Le « héros solitaire », comme l’a qualifié Mediapart dans l’une de ses publications, n’est plus si solitaire. Des confrères, scientifiques comme lui, lui apportent leur soutien. Tout comme de nombreux citoyens acquis à la cause de la chloroquine mise en avant dans le traitement du Covid-19 par le patron de l’Institut Hospitalo-Universitaire (IHU) Méditerranée Infection de Marseille.

Du renfort pour le Pr Raoult… et la chloroquine

Pr Didoer Raoult
Pr Didier Raoult

Fabien Calvo, Jean-Luc Harousseaau et Dominique Maraninchi sont, dans le monde scientifique, des personnalités de grande facture.
Le premier est professeur émérite de pharmacologie à l’Université de Paris-Diderot et ancien directeur scientifique de l’Institut National du Cancer.
Le deuxième, professeur d’hématologie à l’Université de Nantes, a occupé le poste de Président de la Haute Autorité de Santé, de 2011 à 2015.
Et le troisième, professeur émérite de cancérologie à Aix-Marseille, est un ancien directeur de l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé, de 2011 à 2014.

Ces trois personnalités recommandent d’appliquer le traitement élaboré par le Pr Didier Raoult, qui divise la communauté scientifique. Les trois personnalités justifient leur sortie par « l’absence de toute autre possibilité dans une crise sanitaire sans précédent depuis un siècle ».

Selon eux, le Pr Raoult met en avant un élément important auquel ne répondra pas l’étude européenne Discovery. Il s’agit de l’intérêt du traitement précoce, et non du traitement occurrent lors des premiers signes de souffrance pulmonaire.

Par ailleurs, les trois scientifiques soulignent les résultats de la deuxième étude du Pr Raoult sur 80 patients. Elle indique la baisse rapide (moins de 8 jours) de la charge virale et sa négativation dans plus de 90% des cas. C’est un « point fort des essais » du Pr Raoult, selon eux. Cela empêche, en effet, de voir se développer des formes graves de la maladie, et évite aux patients le séjour en réanimation.

« #NePerdonsPlusDeTemps »

« #NePerdonsPlusDeTemps » est une action citoyenne. Elle fait partie des nombreuses mobilisations engendrées par la crise du Covid-19.

Le Pr Philippe Douste-Blazy, ancien ministre de la santé et le Pr Christian Perronne, chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches et spécialiste de la maladie de Lyme portent l’initiative de cette pétition. Lancée le 3 avril 2020, elle demande l’assouplissement des mesures de prescription de la chloroquine.

De nombreuses raisons justifient le lancement d’une telle pétition. Parmi elles, le « taux de mortalité chez les personnes hospitalisées, beaucoup plus faible à Marseille que dans le reste du territoire », selon les statistiques de Santé Publique France. A Marseille, en effet, l’AP-HM et l’IHU Méditerranée Infection prescrivent l’hydroxychloroquine pour le traitement du Covid-19.

L’autre raison de la pétition, c’est la décision de certains pays européens (Italie, Portugal) en faveur de la prescription de l’hydroxychloroquine pour traiter le Covid-19. Le dimanche 12 avril 2020, cette pétition a atteint presque 500 000 signatures.

Au nom du droit à la chloroquine

La chloroquine : le médicament des polémiques
La chloroquine, au cœur des polémiques

Parallèlement à cette pétition, un collectif d’une cinquantaine de médecins a également lancé une pétition portée par le Dr Eric Ménat, médecin généraliste, enseignant de phyto-nutrition à Paris XIII. Cette pétition est, elle , proche de 400 000 signataires, à la date du 12 avril 2020.
« Héros solitaire » ou non, le traitement du Pr Raoult suscite de l’espoir au sein d’une population qui se trouve face à un corps médical démuni pour l’instant .

Est-il besoin de rappeler que la file d’attente devant l’HU ne baisse pas depuis l’annonce de la “bonne nouvelle” ? Et que des témoignages de patients guéris par le traitement du Pr Raoult confortent la bonne opinion sur ce médicament et la sympathie de plus en plus accrue pour ce chercheur « hors des clous » au sein de l’opinion publique ?
D’ailleurs, Le Parisien du 6 avril 2020 a publié un sondage. Il indique que 59% des Français pensent que la chloroquine est efficace. 49% en souhaitent une prescription étendue aux médecins de ville.

A Aix, c’est par la voie juridique que le Syndicat des Médecins d’Aix et Région (SMAER) décide d’opérer.
Ainsi, le syndicat poursuit l’Etat en référé sur plusieurs points. Celui concernant la généralisation du dépistage et du traitement proposé par le Pr Raoult figure en bonne place. Le syndicat s’appuie sur une récente étude chinoise qui confirme les espoirs de ce traitement. Un argument que devrait entendre l’exécutif, selon lui. Même si le Conseil d’Etat l’a débouté de ses demandes, le SMAER n’entend pas, pour autant, en rester là.

Des politiques et des « people » prennent aussi position

Dans cette bataille, le Pr Raoult avait déjà reçu du soutien, même s’il n’a pas été clairement identifié comme tel. Christian Estrosi, maire de Nice fait partie, tout comme la députée Valérie Boyer, des personnalités publiques traités à la chloroquine. Elles l’ont annoncé publiquement et ont plaidé pour la prise en compte de ce traitement pour les patients du Covid-19.

Le maire de Nice a donc fait confiance au Pr Raoult. Pour le matérialiser, il a acquis de la chloroquine au profit de l’hôpital de sa ville. Le CHU de Nice expérimente donc le traitement par la chloroquine, en même temps que trois autres.

Son épouse, l’animatrice Laura Tenoudji de France 2 a, elle aussi, réalisé une vidéo dans laquelle elle témoigne de son combat victorieux face au Covid-19, grâce au traitement du Président de l’IHU Méditerranée Infection.

D’autres célébrités parmi lesquelles Amel Bent, Eric Cantona ont aussi, via des diffusions en ligne, apporté leur soutien au Pr Raoult.

Quant au roi du Maroc, il a racheté l’ensemble du stock des produits à base de chloroquine de Sanofi Maroc. Mieux, il a doublé cette réquisition du stock d’une commande supplémentaire.

D’autres pays comme la Tunisie, le Sénégal, l’Algérie, ont décidé de traiter leurs patients avec la chloroquine. A l’encontre des avis de scientifiques, et même de l’Organisation Mondiale de la Santé.

Vers un changement de paradigme ?

Nous sommes dans un changement de paradigme que la science devra intégrer dans le futur. Autrefois, personne ne se risquait à prendre des médicaments qui n’ont pas été scientifiquement éprouvés. Encore moins s’ils n’ont pas reçu une Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) pour une affection spécifique.

Aujourd’hui, ni l’OMS, ni les scientifiques ne peuvent déclarer que la seule solution est de laisser mourir les gens. En tout cas, pas dans l’arène où se comptent les décès au quotidien.

Autrement, l’absence de toute alternative à la chloroquine met malheureusement à mal l’autorité des scientifiques et même de l’OMS. On l’a bien vu, en effet, les mises en garde de l’OMS n’ont nullement empêché des approvisionnements ici et là.

Le doute profite aux patients

Crédit photo Courtesy

A l’heure du Covid-19, le discours scientifique est difficilement recevable pour les profanes. Il peut aussi l’être, et il l’est, pour des scientifiques qui comprennent la nécessité de la méthode et de la rigueur. D’où le bafouement des alertes de l’Organisation Mondiale de la Santé et d’organismes dont l’avis a toujours fait foi.

Il en sera malheureusement ainsi, tant qu’aucun autre remède n’aura apporté de meilleurs résultats sur le Covid-19.
Il faut se rendre à l’évidence, la bataille se joue dans les hôpitaux. Entre des cliniciens au front, désireux de sauver, à leur corps défendant avec un traitement qui fait polémique, et des patients, optimistes et légitimes vis-à-vis de leur demande d’un traitement pour survivre.

En attendant de trouver mieux, le Pr Raoult se trouve dans l’arène. Et il répond à la détresse de personnes qui préfèrent la chloroquine, avec des effets secondaires possibles, que rien du tout.
La communauté scientifique gagnerait à faire taire ses querelles pour faire front au Covid-19 qui menace l’humanité d’un effondrement historique.

La décision du gouvernement d’autoriser le traitement à la chloroquine pour tous les patients atteints du Covid-19 règle en partie la mise entre parenthèses des querelles.  Mais elles vont repartir de plus belle, avec la visite du Président Macron au Pr Raoult, le jeudi 9 avril 2020. L’avenir nous dira si le Pr Raoult a bien fait de prendre position contre tous. Ce qui est certain, c’est que le monde scientifique, lui aussi, ne sera plus le même après le Covid-19.